jeudi 7 novembre 2013

Retours d'assemblées : Busan et Budapest - interview de Guy Liagre



Guy Liagre est le secrétaire général de la Conférence des Églises Européennes (KEK) depuis juin 2012. Je l'ai rencontré à Porto Alegre en 2006 lors de l'assemblée du COE à Porto Alegre où il représentait l’Église protestante unie de Belgique, dont il était à l'époque président et l'ai régulièrement croisé au comité central de la KEK. Il a donc accepté de répondre à quelques questions :    
CSG : Bonjour Guy Liagre, vous êtes secrétaire général de la Conférence des Églises Européennes (KEK), comment se passe pour vous l’assemblée ? Quelles sont vos impressions ?
GL : J’étais délégué à l’Assemblée de Porto Alegre aussi (9e assemblée du COE, NDLR), et la première impression, si on compare Porto Alegre et Busan, c’est qu’on est plus dans le formel ici que dans le festif, dans le sens qu’à Porto Alegre, l’ambiance était plus décontractée, plus festive qu’ici. C’est peut-être lié aussi à l’infrastructure : A porto Alegre les cultes se faisaient sous chapiteau, ici ils ont lieu dans une salle. On voit aussi que dans les réunions, les interventions essaient d’être très factuelles ; dans mon groupe d’étude biblique, par exemple, les choses sont menées de telle façon qu’on essaie d’atteindre un but, alors qu’à Porto Alegre, les études bibliques étaient vraiment organisées pour que les gens se parlent. Ici, quand on fait parler les gens entre eux, c’est pour répondre à certaines questions. 
 Je sens que c’est une tendance un peu générale dans cette assemblée, ce qui rejoint ce que j’ai ressenti à notre assemblée générale de la KEK, à Budapest, qui était très formelle, pendant laquelle on a surtout discuté de choses administratives et pas tellement du contenu travail qu’on fait. L’autre question, pour moi, est de savoir si on va entrer en débat sur les choses qu’on a entendues en session, par exemple sur le texte sur la Mission ou la déclaration sur l’Unité. Va-t-on vraiment entrer en dialogue sur ces points-là ou est-ce qu’on va en rester au stade de la présentation ?

CSG : quels liens vois-tu entre le travail de la KEK et celui du COE ?
GL : Je pense que dans la nouvelle organisation, le COE veut en quelque sorte se décentraliser, insister sur l’aspect régional (c’est-à-dire au niveau des continents, NDLR) car les régions sont très différentes, et donc la KEK peut jouer là un rôle important. Après cette assemblée, on doit ouvrir le dialogue pour voir comment les deux organisations peuvent se compléter, travailler en synergie. On se demande parfois pourquoi il y a deux organisations, la KEK et le COE en Europe, mais une des réponses, c’est que la KEK travaille au niveau politique, ce que le COE ne veut pas faire, donc par exemple pour discuter avec les institutions, le COE va toujours passer par la KEK. 
D’un autre côté, quand on travaille sur un projet comme celui de l’éducation théologique en Europe, il est tout à fait clair qu’il faut le mener en relation avec les projets du COE au niveau mondial. Il y a aussi des coopérations, comme par exemple le manuel de théologie orthodoxe (Handbook for orthodox theology) qu’on a édité ensemble, avec un comité composé de membres du COE, de la KEK et de la Volos Academy, académie de théologie orthodoxe en Grèce. Ce n’est qu’un exemple de la synergie qu’on arrive à avoir entre différents partenaires.

(c) PhotoOikoumene
CSG : Cet été, il y a eu l’assemblée de la KEK, comment voyez-vous la « nouvelle vision » de la KEK, quel va être le visage de la « nouvelle » KEK ? Vers quoi la KEK va-t-elle et la sentez-vous bien engagée ?  
GL : En ce qui me concerne, pour la KEK, il y a deux éléments, le contenu et la structure. A Budapest, on a surtout parlé de la structure, donc le prochain conseil de direction va se concentrer sur la mise en œuvre de la nouvelle constitution de la KEK. J’ai préparé un échéancier pour la réorganisation, il y a aussi des questions techniques, qui semblent simples mais ne le sont pas, comme la fusion de trois bases de données dans des systèmes informatiques différents ou la refonte du site internet et ce ne sont que deux petits exemples. 
 Je vais proposer au conseil de direction que le travail de la KEK ne se fasse plus par des commissions, comme jusqu’à présent, mais par programmes. On va pouvoir rattacher plusieurs personnes à un programme, et une personne pourra travailler à plusieurs programmes en même temps, suivant les besoins. On pourrait imaginer par exemple qu’une même personne travaille en même temps pour le programme sur les droits humains et celui sur le travail auprès des migrants alors que, pour l’instant, c’est très compartimenté. Par contre, au niveau du contenu, on cherche à continuer et à renforcer le travail que l’on faisait déjà. Par exemple, je prépare en ce moment la rencontre annuelle du comité joint KEK-CCEE (CCEE = conseil des conférences Episcopales d’Europe), mais aussi un séminaire sur la situation des Roms en Europe, que l’on organise à Bruxelles pour pouvoir impliquer aussi des personnes travaillant pour les institutions européennes. 
CSG : Merci Beaucoup
réponses recueillies par Claire Sixt-Gateuille le 05/11/13

3 commentaires:

  1. Merci, Guy et Claire pour ce rapportage. Je suis impressionné par la direction que tu prends vis à vis la façon de travailler par programme au lieu de par commission. J'étais analyste des politiques au Nouveau Brunswick, et j'avais comme tâche de rédiger les modalités de soutien à la communauté artistique qui était très diverse et divisée par les deux langues anglais et français. Tu as raison, la voie de canaliser les activités par programme est beaucoup plus efficace et productive, parce qu'on peut partager les savoirs entre plusieurs domaines à la fois, et on peut ainsi abattre les cloisons qui séparent les unités ou les divers segments des unités qui nuisent à la fluidité des processus d'affaires.
    Bravo et bonne continuation!

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  2. Marie-Christine Michau
    Merci à Guy d'insister sur la collaboration entre la KEK et le COE. Est-il envisagé d'encourager les Eglises d'Europe qui ne sont membres que d'un seul des 2 organismes à participer aux 2? Bon vent à l'Europe en collaboration avec le reste du monde!


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